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LE FORMATEUR ET LE PORTFOLIO NUMÉRIQUE
 


robertbibeau@hotmail.com


23.06.2011


Les journées du E-learning (2011)


Université Jean-Moulin-3.   Lyon (France)

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Le formateur médiateur

 

Qu’est-ce qu’un formateur médiateur ? À partir d’un projet de formation – un syllabus de cours – les tâches du formateur médiateur consistent à identifier un angle d’approche tenant compte des méthodes de la science à enseigner, et adapté aux apprenants rencontrés ; puis à chercher l’information pertinente pour résoudre les divers problèmes présentés, à la trier, l’organiser et la mettre en forme –  à « l’éditorialiser » pourrait-on dire selon l’orientation spécifique aux objectifs de formation, pour enfin la relayer, l’enseigner et la faire apprendre aux étudiants.

 

Le formateur médiateur ayant ainsi démontré par l’exemple la façon de faire, il expose ensuite l’étudiant à une situation de « problèmes à résoudre ». Cette étape comprend des tâches à réaliser selon une séquence ordonnée (à l’apprenant de construire sa propre séquence ordonnée par mimétisme, analogie, opposition, transfert, démarche holistique, heuristique) afin d’atteindre un résultat donné (exemples : la présentation d’une solution aux problèmes donnés, la réalisation d’une tâche complexe ou la production d’une œuvre). Ce processus témoignera des apprentissages réalisés, des habiletés acquises, des attitudes maîtrisées, lesquels deviendront autant d’« outcomes – compétences » en fin de parcours de formation.

 

Un formateur médiateur présente de multiples visages : il est formateur, enseignant, bibliothécaire - documentaliste, concepteur d’exposition, rédacteur, etc. mais aussi vérificateur, contrôleur, remédiateur et évaluateur, etc. Son but est notamment de faire utiliser – comprendre – l’information, la connaissance, la science et ses méthodes, d’expliquer un concept et d’en faciliter l’assimilation. Compte tenu du maelstrom d'informations qu’offre Internet, cet aspect du travail du médiateur formateur prend aujourd’hui une grande importance.

 

Les tâches de chercher – trouver l’information, de la sélectionner (la choisir en fonction de sa pertinence), de la trier, de la classer-ranger-stocker, de la valider, de l’analyser, de l’interpréter, de la comparer et de la confronter constituent autant d’étapes importantes dans le procès de travail intellectuel. Ces méthodes de travail, ce savoir-faire sont infiniment plus précieux que l’information elle-même, car c’est ce travail qui tire la connaissance de sa gangue tel un minerai précieux pour en façonner un trésor…le savoir observable via les compétences. 

 

Tel étant le rôle du formateur médiateur, son portfolio devient alors un classeur « intelligent » (aussi intelligent que son concepteur et que son usager peuvent l’être)  indispensable à ce processus de travail intellectuel, soit la transformation de la matière brute que l’on appellera les données – les informations non traitées – non triées (en vrac) comprenant de nombreuses scories, en un produit ouvré : l’œuvre mathématique, culturelle, scientifique, artistique, linguistique, politique, sociologique, philosophique, phénoménologique, épistémologique, soudage, charpente, manifestant à l’évidence les compétences de son auteur (1).

 

Les compétences

            Les compétences, ce sont les forces et les acquis qui manifestent ce savoir, ce savoir-faire et ce savoir-être qui furent toujours les objectifs de l’enseignement (l’objet étant l’apprenant selon la conception freudienne). Examinons une définition professionnelle du concept de compétence : « La compétence professionnelle est une combinaison de connaissances, savoir-faire, expériences et comportements, s'exerçant dans un contexte précis. Elle se constate lors de sa mise en oeuvre en situation professionnelle à partir de laquelle elle est validable. C'est  donc à l'entreprise qu'il appartient de la repérer, de l'évaluer, de la valider  et de la faire évoluer. » (2).

 

Ici l’entreprise et/ou l’employeur s’affirment préoccupés par le développement et l’évolution des compétences de leurs employés. Que souhaiter de mieux ? L’institution d’enseignement doit impérativement tenir compte des compétences requises pour chaque profil de formation qui permettra à l’étudiant d’aspirer à un emploi à défaut d'en trouver un ; de son côté il est entendu que l’institution d'enseignement doit amalgamer ces compétences spécifiques – professionnelles – aux compétences  plus générales –  dites transversales – d’ordre civique, social, culturel, moral et politique requises pour et par un citoyen apprenant,  qui travaille et s’engage dans son milieu.

 

Le référentiel des compétences formera la base organisationnelle, le substrat du portfolio numérique de chaque étudiant ainsi que le fil d’Ariane reliant chaque portfolio individuel à l’outil de gestion de tous les portfolios de l’institution.

 

Le portfolio numérique

 

Le E-portfolio – portfolio numérique – peut être l’outil numérique de recherche des informations à l’état brut ou ouvré, semi-traitées ou traitées – transformées – (3).  Mais ce sera surtout un lieu de stockage (un magasin et un entrepôt), un instrument de gestion des réserves et des entrepôts de connaissances (système informatique de gestion des stocks pour savoir les retrouver juste à temps). Le portfolio numérique est outil de suivi du processus et des procédés de manipulation, traitement et transformation des données en connaissance (la manufacture du savoir) ainsi  qu’un lieu d’exposition (affichage de type Dazibao, dynamique, sonore et visuel,  tri - dimensionnel) des œuvres achevées disponibles sur le marché des connaissances et de l’enseignement des savoirs (4).

 

Le portfolio numérique n’est qu’un outil – rien qu’un outil – mais extrêmement puissant, efficace, souple et polyvalent, présentant une grande prégnance face à des enseignants présentant une grande résilience. Le portfolio numérique personnel est à la fois le lieu du curriculum vitae (CV) ; du plan de mise à jour et du projet de formation continue (lecture, visionnement, apprentissages en cours et formation à venir pour la remédiation notamment, etc.) ; d’affichage et d’exposition des œuvres achevées; le lieu du questionnement et des bilans occasionnels de l’apprenant et des commentaires de ses enseignants ; un carrefour de convergence et de mise en commun avec des collaborateurs circonstanciels ou usuels (5).

 

Le portfolio numérique peut et doit servir à l’apprentissage, à la présentation et à l’évaluation. La partie apprentissage peut se fractionner en phases de planification, de présentation des manifestations d’apprentissage, de réflexion sur les processus en cours d’acquisition et d’évaluation formative puis, en fin de parcours, d’évaluation sommative. Le processus d’évaluation formative lui-même, ne l’oublions pas, constitue à proprement parler une étape dans le procès d’apprentissage réflexif (raisonner sur sa méthode, sa façon de faire, ses habiletés d’artisan du savoir).

 

La portabilité administrative autant que technique ayant été assurées et garanties alors le portfolio numérique offre un espace virtuel de partage, d’échanges, de collaboration entre le ou les professeurs et l’étudiant et aussi avec ses pairs. Cette faculté de portabilité présente à la fois une occasion d’accéder à des flux multiples de données et un écueil (problèmes techniques de compatibilité des formats, de droits d’auteur, de confidentialité, de respect de la vie privée, etc.) dans la gestion de ces flux multiples de données.

 

Il fut un temps où trouver et traiter de grandes quantités de données constituaient le défi de la recherche et de la formation. Aujourd’hui le défi de la formation est de trier, sélectionner, valider l’information puis d’en effectuer le traitement adéquat, de l’organiser, de la stocker, d’en interpréter les résultats et enfin de les présenter. 

 

La portabilité

 

Le portfolio numérique peut jouer pleinement son rôle d’outil d’apprentissage, de présentation et d’évaluation dans la mesure où l’implantation institutionnelle de ce système informatique respecte un certain nombre de contraintes et de conditions qui en assureront la portabilité au sein de l’institution elle-même ainsi qu’entre les institutions (6).

 

Une fois réglé le problème technique de l’échange et du transfert des données numériques, la contrainte la plus facile selon nous, il faut s’attaquer aux problèmes de la gouvernance et des « cercles de confiance » qui permettront de jauger l’éventuel visiteur d’un espace de travail virtuel et d’évaluer les permissions à lui accorder ou non. Ensuite, il faudra s’assurer de la portabilité référentielle, c’est-à-dire du vocabulaire commun à partager de façon que la compréhension des rubriques puisse converger (la formulation des compétences propres à une discipline ou communes à nombre de disciplines, les critères d’appréciation – évaluation de la maîtrise de ces compétences, modes de présentation – représentation de ces résultats – et l’exposition des « outcomes » sous différentes formes tel un bulletin – un portfolio des langues, etc.).

 

Seront abordés ici les problèmes de compétences, d’habiletés et d’attitudes – comportements – à acquérir au cours du processus de formation et de ses modes d’évaluation sans négliger évidemment la valorisation des acquis d’expériences (VAE). Seulement alors pourra-t-on s’atteler au problème de la certification, sources, responsabilité de l’évaluation, authenticité des données, droits d’auteur, protection de la signature électronique, etc.

   

Les outils du portfolio

 

Le portfolio a pu et peut n’être que feuilles – cartons – cartables, mais il est aujourd’hui préférable de l’imaginer totalement numérique. Devrait-il en outre incorporer une gamme étendue d’outils de travail intellectuel (chiffrier, traitement de texte, éditeurs graphique et vidéo, présentateur (Power Point), gestionnaire du temps et annuaire, système de télécommunication par courriel et téléphonie en ligne) ?  Nous ne le croyons pas. 

 

Il est préférable que le formateur et l’étudiant conservent à part les outils numériques qu’ils ont l’habitude d’utiliser et qu’ils maîtrisent déjà amplement. Nous sommes d’avis que le portfolio doive se concentrer sur la gestion du résultat – le produit en cours de réalisation (apprentissage) ou alors terminé, l’œuvre achevée – le fichier numérique représentant ces solutions – et sur la sauvegarde de la démarche de réalisation et les réflexions qui l’accompagnent.

 

Somme toute le portfolio numérique ne devrait être qu’un immense système de gestion des compétences, des manifestations de leur maîtrise, des habiletés, des démarches, des résultats d’un grand nombre d’étudiants oeuvrant sous la coordination d’un grand nombre de formateurs – médiateurs dans un temps donné selon un fil continu et multiple de voies de formation dans un établissement informatisé où outils numériques et finalités de formation se complètent (7).

http://www.robertbibeau.ca/Fede/schema.html